Aller au contenu
cleartrak

Production et TRS

Calcul du TRS : formule, exemple chiffré et pièges à éviter

Le TRS se calcule en une ligne. Ce qui est difficile, c'est de ne pas se tromper sur les données d'entrée, et de ne pas faire dire au chiffre ce qu'il ne dit pas. Formule, exemple complet sur une presse, TRG et TRE, et les sept pièges que je vois le plus souvent.

Par Pierre Hebinger10 min de lecture
Une grande presse industrielle dans un atelier de fabrication.
Photo : Omni Machine sur Unsplash

Le TRS se calcule ainsi : TRS = disponibilité × performance × qualité. C'est exactement la même chose que TRS = temps utile / temps requis, ou encore : le nombre de pièces bonnes produites, divisé par le nombre de pièces qu'on aurait pu produire pendant le temps où la machine devait tourner.

Exemple rapide : une presse devait tourner 420 minutes, son temps de cycle de référence est de 12 secondes, elle aurait donc pu faire 2 100 pièces. Elle en a fait 1 485 bonnes. Son TRS est de 1 485 / 2 100 = 70,7 %. Le détail est plus bas.

Le TRS, en une phrase

Le taux de rendement synthétique mesure la part du temps où une machine a réellement produit des pièces bonnes, à la cadence prévue, par rapport au temps où elle devait produire. En anglais, on parle d'OEE (overall equipment effectiveness). En France, la norme NF E60-182 définit le TRS, ses cousins le TRG et le TRE, et la décomposition des temps qui va avec.

Un TRS de 70 % veut dire : sur le temps où la machine devait tourner, l'équivalent de 30 % a été perdu, en arrêts, en lenteur ou en pièces mauvaises. Le TRS ne dit pas lequel des trois. C'est pour ça qu'on le décompose.

La décomposition des temps

Tout le calcul repose sur un empilement de temps. On part du temps total et on retire, étage par étage, ce qui n'a pas servi à produire des pièces bonnes.

TempsCe qu'on retire de l'étage au-dessus
Temps totalRien : 24 heures sur 24, 7 jours sur 7
Temps d'ouvertureLes heures où l'atelier est fermé : nuits, week-ends, jours chômés
Temps requisLes arrêts programmés : pauses, maintenance préventive planifiée, réunions, absence de charge
Temps de fonctionnement brutLes arrêts non programmés : pannes, changements de série et réglages, attente matière, attente opérateur
Temps de fonctionnement netLes pertes de cadence : micro-arrêts, ralentissements
Temps utileLe temps passé à produire des pièces non conformes : rebuts, pièces à retoucher

Un point à fixer dès le départ, et à ne plus toucher : ce que vous mettez dans les arrêts programmés. Les changements de série sont l'exemple classique. Dans l'approche la plus courante, celle des « six grandes pertes » de la TPM, ils sont une perte de disponibilité, donc un arrêt non programmé. Certains sites les classent en arrêts programmés. Les deux se défendent ; changer de convention en cours de route, non.

La formule du TRS, sous ses deux formes

Les trois taux se lisent directement sur la décomposition :

  • Disponibilité = temps de fonctionnement brut / temps requis. La machine a-t-elle tourné quand elle devait tourner ?
  • Performance = (pièces produites × temps de cycle de référence) / temps de fonctionnement brut. Quand elle tournait, allait-elle à la bonne cadence ?
  • Qualité = pièces bonnes / pièces produites. Ce qu'elle a produit était-il bon ?

Et donc : TRS = disponibilité × performance × qualité.

Si on développe ce produit, le temps de fonctionnement brut et le nombre de pièces produites s'annulent. Il reste une formule beaucoup plus directe :

TRS = (pièces bonnes × temps de cycle de référence) / temps requis

C'est la forme que je recommande pour calculer : trois données seulement, les pièces bonnes, le temps de cycle de référence et le temps requis. La forme décomposée sert à comprendre où part le temps perdu. Les deux doivent donner le même résultat : c'est un bon contrôle.

Exemple chiffré : une presse sur un poste de 8 heures

Prenons une presse, en équipe du matin, sur un poste de 8 heures. Les chiffres sont un exemple, choisis pour être réalistes et faciles à suivre.

DonnéeValeur
Temps d'ouverture (poste de 8 h)480 min
Arrêts programmés : deux pauses de 15 min, maintenance préventive de 30 min60 min
Arrêts non programmés : changement de série 30 min, panne du dérouleur 20 min, attente matière 10 min60 min
Temps de cycle de référence12 s par pièce, soit 5 pièces par minute
Pièces produites, bonnes et mauvaises1 530
Pièces rebutées45
Pièces bonnes1 485

Le calcul, étape par étape :

ÉtapeCalculRésultat
Temps requis480 − 60420 min
Temps de fonctionnement brut420 − 60360 min
Disponibilité360 / 42085,7 %
Pièces faisables en 360 min360 × 51 800
Performance1 530 / 1 80085,0 %
Temps de fonctionnement net1 530 × 12 s306 min
Qualité1 485 / 1 53097,1 %
Temps utile1 485 × 12 s297 min
TRS, forme décomposée85,7 % × 85,0 % × 97,1 %70,7 %
TRS, forme directe297 / 420, ou 1 485 / 2 10070,7 %

Les deux formes donnent bien le même résultat. Maintenant, la lecture la plus utile : traduire les pertes en minutes et en pièces. En 420 minutes à 5 pièces par minute, la presse pouvait faire 2 100 pièces. Elle en a fait 1 485 bonnes. Il en manque 615. Où sont-elles passées ?

PerteTemps perduPièces perdues
Disponibilité : arrêts non programmés60 min300
Performance : micro-arrêts, ralentissements54 min270
Qualité : rebuts9 min45
Total123 min615

Ce tableau parle plus que le 70,7 %. Les pertes de performance pèsent presque autant que les arrêts visibles : 54 minutes que personne n'a vues passer, parce qu'aucun arrêt n'a duré assez longtemps pour être noté. C'est typiquement là que se cachent les micro-arrêts.

TRS, TRG, TRE : trois questions différentes

Les trois indicateurs ont le même numérateur, le temps utile. Seul le dénominateur change, donc la question posée change.

IndicateurFormuleDans l'exempleLa question
TRSTemps utile / temps requis297 / 420 = 70,7 %La machine produit-elle bien quand on a besoin d'elle ?
TRGTemps utile / temps d'ouverture297 / 480 = 61,9 %L'organisation du poste (pauses, préventif, réunions) laisse-t-elle assez de temps à la production ?
TRETemps utile / temps total297 / 1 440 = 20,6 %L'équipement est-il utilisé, à l'échelle du calendrier ?

Pour le TRE, j'ai pris une journée de 24 heures avec une seule équipe : la presse produit des pièces bonnes environ un cinquième du temps. C'est une information pour l'investissement : avant d'acheter une deuxième presse, faut-il une deuxième équipe ? Le TRS, lui, reste l'indicateur de l'atelier au quotidien.

Les pièges qui faussent le TRS

1. Un temps de cycle de référence qui n'en est pas un

C'est le piège numéro un. Le temps de cycle de référence doit être le meilleur temps de cycle réaliste pour cet article sur cette machine : donnée constructeur, temps validé à l'industrialisation, ou meilleur cycle observé de façon stable. Pas la cadence « habituelle ».

Dans l'exemple, si on prend 14 secondes au lieu de 12, le TRS passe de 70,7 % à 82,5 % (1 485 × 14 s / 25 200 s). Pas une pièce de plus n'est sortie de la presse : les pertes de performance sont simplement passées de 54 minutes à 3. Écrivez la référence de chaque article, et ne la changez que sur une vraie modification du procédé. Et si une performance dépasse 100 %, la référence est trop lente.

Le tableau affiche 94 % de TRS pour la presse 3. Le chef d'équipe lève les yeux : la presse 3 s'est arrêtée quatre fois la semaine dernière, dont une heure pour le dérouleur. Personne ne sait plus d'où vient la cadence de référence du fichier. Quelqu'un l'a « recalée sur la réalité » il y a deux ans.
Scène classique, réunion de production du lundi

2. Changer de convention en cours de route

Reprenons la même journée et classons le changement de série de 30 minutes en arrêt programmé. Le temps requis tombe à 390 minutes, la disponibilité monte à 92,3 % et le TRS à 76,2 % (297 / 390). Même presse, mêmes pièces : plus de cinq points de TRS gagnés avec un crayon. Choisissez une convention, écrivez-la, appliquez-la à toutes les machines.

3. Laisser les micro-arrêts dans l'ombre

Les arrêts de quelques secondes à quelques minutes ne sont presque jamais déclarés. Ils ne disparaissent pas du calcul : ils tombent dans la performance. Le TRS reste juste, mais il ne dit pas pourquoi la performance est à 85 %. Une heure d'observation chronométrée, ou une détection automatique de la marche et de l'arrêt, les rend visibles. Si vous les détectez automatiquement, décidez s'ils comptent en disponibilité ou en performance : le TRS ne change pas, la lecture si. Voir l'article sur les motifs d'arrêt machine.

4. Compter les pièces retouchées comme bonnes

Une pièce retouchée a coûté du temps, souvent sur un autre poste. La convention la plus honnête est de compter en qualité les pièces bonnes du premier coup. Dans l'exemple, si 20 des 1 485 pièces bonnes sont passées par la retouche, la qualité tombe à 95,8 % et le TRS à 69,8 %. Presque un point de moins, mais un point vrai.

5. Comparer le TRS de machines différentes

Une presse qui fait la même pièce toute la semaine et un centre d'usinage qui change de série trois fois par jour n'auront pas le même TRS, et c'est normal. Le TRS se compare surtout à lui-même, semaine après semaine. Et pour un TRS d'atelier, ne faites pas la moyenne simple des TRS : divisez la somme des temps utiles par la somme des temps requis, sinon une machine qui a tourné une heure pèse autant qu'une machine qui a tourné toute la semaine.

6. Courir après les 85 %

Vous lirez partout que 85 % est le TRS « de classe mondiale ». C'est un chiffre très souvent cité, pas une loi ni une norme. Selon la taille des séries et le nombre de changements, un TRS de 60 % peut être excellent et un TRS de 85 % décevant. L'objectif utile, c'est votre TRS de départ, mesuré honnêtement, et ce que vous gagnez en traitant les premières causes de perte.

7. Regarder le chiffre sans les motifs

Un TRS de 70,7 % ne dit pas quoi faire lundi matin. Il dit qu'il y a 123 minutes à aller chercher. Pour savoir où, il faut les motifs d'arrêt : combien de minutes en changement de série, en panne, en attente matière. Sans motifs, le TRS est un thermomètre : il montre la fièvre, pas la cause.

Mesurer le TRS sans y passer ses soirées

Pour exploiter un TRS, il faut en plus les arrêts, avec leur durée et leur motif. Trois façons de les collecter :

  • Feuille papier au poste, saisie dans Excel. Ça marche pour démarrer. Les durées sont approximatives et les micro-arrêts absents. Voir jusqu'où un suivi de production sur Excel tient.
  • Déclaration au poste sur un écran. L'opérateur déclare pièces bonnes, rebuts et arrêts au fil de l'eau. Les quantités et les heures sont justes.
  • Détection automatique de la marche et de l'arrêt, par un capteur ou par la commande de la machine, complétée par l'humain pour le motif. Les durées sont exactes, rien n'est oublié. Voir comment connecter une machine ancienne.

Mon conseil : commencez par la machine dont on se plaint le plus. Calculez son TRS chaque jour pendant quatre semaines, et regardez la décomposition et les motifs chaque semaine, quinze minutes, avec le chef d'équipe. Au bout d'un mois, vous aurez une base honnête et une ou deux actions à lancer.

Ce que nous en avons fait dans cleartrak

Je développe cleartrak, un logiciel de suivi d'atelier pour PME industrielles. Voici comment le TRS y est calculé.

  • Le TRS se calcule tout seul, à partir des déclarations faites au poste (pièces bonnes, rebuts) et des états de la machine. La fiche machine affiche l'anneau du TRS et ses trois composantes : disponibilité, performance, qualité.
  • Les états de la machine viennent d'un module capteur. Je le dis clairement : sans capteur, cleartrak fonctionne à partir des déclarations au poste, mais la frise d'états automatique et une disponibilité juste demandent un capteur sur la machine. Avec, la frise montre la journée : en marche, arrêt planifié, non qualifié, erreur, maintenance, perte de connexion.
  • Un arrêt détecté demande son motif. Sur la fiche machine, on choisit le motif dans la liste du site, on valide avec « Qualifier l'arrêt », et la disponibilité et le TRS sont recalculés. Cette fiche est réservée aux administrateurs et aux managers : aujourd'hui, c'est l'encadrement qui qualifie, pas l'opérateur depuis son poste.
  • Des recommandations à règles explicites, par exemple un TRS sous 60 % ou une disponibilité sous 85 %. Ce n'est pas de l'IA, et on le dit : ce sont des seuils lisibles, que vous pouvez discuter.

Le détail est sur la page TRS et arrêts machine.

Pour voir ce calcul sur vos propres machines, il y a le pilote gratuit et cadré : un atelier, 3 à 5 machines, 4 à 6 semaines, des critères de réussite écrits ensemble avant, quelques heures du temps de vos équipes. Gratuit parce que je construis mes références et que la mise en place se compte en heures, pas en jours : le risque est de mon côté.

Un écran cleartrak, avec des données d'exemple.

Voir ce que ça donne dans votre atelier

20 minutes sur site : vous me montrez votre suivi actuel, je vous montre l'équivalent en temps réel. Ensuite, si ça vous parle, un pilote gratuit et cadré.

Questions fréquentes

Comment calculer le TRS ?

Le TRS est le produit de trois taux : disponibilité × performance × qualité. La forme la plus directe est : TRS = pièces bonnes × temps de cycle de référence / temps requis. Par exemple, 1 485 pièces bonnes à 12 secondes sur un temps requis de 420 minutes donnent 17 820 s / 25 200 s, soit un TRS de 70,7 %.

Quelle est la différence entre TRS, TRG et TRE ?

Les trois ont le même numérateur, le temps utile. Le TRS le divise par le temps requis (temps d'ouverture moins les arrêts programmés), le TRG par le temps d'ouverture, le TRE par le temps total. Le TRS juge la machine quand on a besoin d'elle, le TRG inclut l'organisation du poste, le TRE mesure l'utilisation de l'équipement sur le calendrier.

Quel est un bon TRS ?

Il n'y a pas de bon TRS universel. Le chiffre de 85 % est souvent cité comme référence « classe mondiale », mais ce n'est ni une loi ni une norme : un TRS de 60 % peut être très bon sur des petites séries avec beaucoup de changements. La bonne référence est le TRS de départ de votre machine, mesuré avec des conventions stables, et sa progression.

Quel temps de cycle prendre pour calculer le TRS ?

Le temps de cycle de référence doit être le meilleur temps de cycle réaliste de la machine pour l'article produit : donnée constructeur, temps validé à l'industrialisation ou meilleur cycle stable observé. Ne prenez pas la cadence habituelle : elle cache les pertes de performance et gonfle le TRS. Une performance supérieure à 100 % signale une référence trop lente.

Les micro-arrêts comptent-ils dans le TRS ?

Oui. Les micro-arrêts non déclarés tombent dans les pertes de performance, et s'ils sont détectés automatiquement on peut choisir de les compter en disponibilité. Dans les deux cas, le TRS final est le même : seule la répartition entre disponibilité et performance change. L'important est de choisir une convention et de la garder.

Pourquoi le TRS seul ne suffit-il pas ?

Le TRS dit combien de temps a été perdu, pas pourquoi. Pour agir, il faut la répartition entre disponibilité, performance et qualité, et surtout les motifs d'arrêt avec leur durée. Un TRS sans motifs est un thermomètre : il montre la fièvre, pas la cause.

À lire ensuite

Production et TRS

Connecter une machine ancienne : remonter marche, arrêt et énergie sans tout changer

Un tour de 1998 ne parle à aucun logiciel, et ce n'est pas une raison pour le remplacer. Avec un capteur posé sur son alimentation, on sait quand il tourne, quand il attend et ce qu'il consomme. Voici ce qu'on peut mesurer simplement, ce qu'on ne peut pas, et comment s'y prendre sans risque.

10 min de lecture

20 minutes sur site, et vous voyez la différence.

Vous me montrez votre suivi actuel, je vous montre l'équivalent en temps réel. Si ça vous parle, on cadre un pilote gratuit : un atelier, quelques machines, quelques semaines.