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Choisir un MES pour une PME : les 12 questions à poser avant de signer

Les plaquettes se ressemblent et les grilles de fonctions aussi. Ce qui sépare un MES utilisé d'un MES rangé au bout de trois semaines se voit avec une douzaine de questions simples, à poser par écrit avant de signer.

Par Pierre Hebinger10 min de lecture
Deux personnes en tenue de travail pointent un plan imprimé posé sur une table.
Photo : ThisisEngineering sur Unsplash

Pour choisir un MES quand on est une PME, la grille de fonctions ne sert presque à rien : tous les éditeurs cochent toutes les cases. Ce qui fait la différence, c'est de savoir si vos opérateurs vont l'utiliser sans qu'on les relance, combien de temps il faut pour le mettre en route, si vous pourrez récupérer vos données, et combien coûtera vraiment la suite.

J'ai regroupé ci-dessous douze questions en six familles : l'usage à l'atelier, la mise en place, les données, le coût, l'éditeur et le pilote. Posez-les par écrit, gardez les réponses, comparez-les d'un éditeur à l'autre. Une checklist à imprimer les reprend à la fin.

Je développe moi-même un MES, donc je suis juge et partie. J'ai écrit les questions que je poserais à n'importe quel éditeur, y compris à moi-même ; mes propres réponses sont dans une section à part, à la fin.

Avant les questions : un cahier des charges de deux pages

Le réflexe classique est de rédiger un cahier des charges MES de quatre-vingts pages qui liste toutes les fonctions imaginables. Le résultat est prévisible : l'éditeur qui coche le plus de cases gagne, et c'est souvent celui qui vous livrera une usine à gaz.

Pour une PME, deux pages suffisent, et elles servent davantage :

  • Trois problèmes à régler, écrits avec vos mots. « On découvre les retards le soir. » « Une réclamation client nous coûte une matinée. » « Les motifs d'arrêt ne sont jamais renseignés. »
  • Le périmètre de départ : quel atelier, quelles machines, quels produits.
  • Qui va s'en servir : combien d'opérateurs, sur combien d'équipes, avec quelle aisance devant un écran.
  • Les contraintes : échange avec votre ERP, hébergement, exigences de vos clients ou de votre référentiel (ISO 9001, IATF 16949, EN 9100, ISO 13485…).
  • Les critères de réussite : comment vous saurez, dans deux mois, que ça marche.

Avec ça, vous pouvez poser les bonnes questions et comparer les réponses. Si vous ne savez pas encore bien ce que couvre un MES, commencez par la définition d'un MES pour une PME.

L'usage à l'atelier (questions 1 à 3)

C'est la famille la plus importante, et la plus souvent oubliée, parce que ceux qui choisissent ne sont pas ceux qui saisissent. Un MES dont les opérateurs ne se servent pas n'a pas de données, donc pas de TRS juste, pas de traçabilité, rien.

1. Un opérateur peut-il l'utiliser sans formation ?

Pas « après une demi-journée de formation » : sans formation. Avec le turnover actuel, personne n'a le temps de former chaque nouvel arrivant sur un logiciel. Le test est simple : donnez le poste à quelqu'un qui ne l'a jamais vu, sans explication, et regardez s'il arrive à démarrer une étape et à déclarer une pièce.

2. Combien de touches pour déclarer une pièce bonne, un rebut, un arrêt ?

Comptez-les vous-même pendant la démonstration. Une déclaration courante doit tenir en quelques touches, sur des boutons assez gros pour des doigts gantés. Si déclarer un rebut demande d'ouvrir un menu, de chercher un code et de valider deux fois, ce sera fait en fin de poste, de mémoire. Les règles d'ergonomie d'un logiciel d'atelier donnent d'autres points à vérifier.

3. Pouvez-vous le tester avec vos opérateurs, pas seulement vos managers ?

Une démonstration faite par l'éditeur sur ses propres données ne prouve rien sur l'usage. Demandez à installer le poste opérateur une journée sur une vraie machine, avec l'équipe du matin. Les remarques d'un régleur pendant dix minutes valent plus qu'une heure de présentation en salle de réunion.

La mise en place (questions 4 à 6)

4. Combien de temps entre la signature et la première pièce déclarée ?

Demandez une durée, puis demandez ce qui la compose : installation, paramétrage, saisie des gammes, interfaces, formation. Dans un MES, ce qui prend du temps est rarement le logiciel lui-même : ce sont les données de départ et les interfaces. Si la réponse se compte en mois pour un seul atelier, demandez pourquoi.

5. Qui paramètre, au quotidien ?

Ajouter une machine, un motif d'arrêt, un opérateur, un produit : pouvez-vous le faire vous-même, ou faut-il ouvrir une demande chez l'éditeur ou chez un intégrateur, avec un délai et une facture ? Un MES que vous ne pouvez pas faire évoluer seul devient vite un outil que personne n'ose toucher.

6. Que se passe-t-il quand vous modifiez une gamme ?

Vos gammes de fabrication vont changer : une étape ajoutée, une machine remplacée, un contrôle renforcé à la demande d'un client. Demandez qui peut le faire, si les gammes sont versionnées (pour savoir quelle version a servi à fabriquer quel lot), et ce qui arrive aux OF déjà lancés avec l'ancienne version.

Les données (questions 7 et 8)

7. À qui appartiennent les données, et comment les récupérer ?

La réponse attendue est : à vous. Mais la vraie question est pratique. Pouvez-vous exporter l'ensemble de vos données, historique compris, dans un format lisible, à tout moment, et sans frais ? Faites-le écrire dans le contrat. Le jour où vous changerez de logiciel, c'est ce qui vous évitera de perdre des années de traçabilité.

8. Où sont-elles hébergées, et qui y a accès ?

En France, ailleurs dans l'Union européenne, hors d'Europe, ou sur vos propres serveurs ? Certains donneurs d'ordres ont des exigences sur ce point : vérifiez-les avant de choisir. Demandez aussi qui, chez l'éditeur, peut accéder à vos données, et dans quel cadre.

Le coût (questions 9 et 10)

9. Qu'est-ce qui est compris dans le prix ?

Les modèles de prix varient : par site, par utilisateur, par machine, par module, en licence avec maintenance annuelle ou en abonnement. Aucun n'est meilleur dans l'absolu, mais ils ne se comparent pas directement. Demandez le coût total sur trois ans pour votre périmètre, en listant ce qui peut s'ajouter :

  • l'installation et le paramétrage initial ;
  • les jours de formation ;
  • les développements spécifiques ;
  • l'échange avec votre ERP (si l'on vous annonce un « connecteur », demandez précisément ce qu'il échange, et ce qu'il faudra adapter chez vous) ;
  • les mises à jour et le support ;
  • l'ajout d'une machine, d'un utilisateur, d'un deuxième atelier.

10. Le prix de la suite est-il écrit avant le pilote ?

Peu de gens posent cette question, et elle change tout. Si vous faites un pilote sans connaître le prix de la suite, vous le découvrirez au moment où vos équipes auront pris leurs habitudes, donc au moment où vous serez le moins en position de négocier. Demandez le tarif pour le périmètre visé, par écrit, avant de commencer.

L'éditeur (question 11)

11. À qui parlez-vous, et que se passe-t-il si l'éditeur disparaît ?

Pendant la vente, vous parlez à un commercial. Après, à qui ? Demandez qui fera la mise en place, qui répondra quand une tablette ne se connecte plus un lundi à 6 h, et si cette personne connaît un atelier de l'intérieur. Chez un gros éditeur comme chez un petit, la qualité du support dépend des gens qui le font.

Puis posez la question qui fâche, à tous les éditeurs, petits et grands : si vous arrêtez, que devient mon logiciel ? Les bonnes réponses parlent d'export complet des données, de documentation, d'hébergement sur une infrastructure standard qu'un autre prestataire peut reprendre, parfois d'un dépôt du code source chez un tiers de confiance (on parle de séquestre). Les grands éditeurs aussi rachètent, fusionnent et arrêtent des produits : la question n'est pas réservée aux petits.

Le pilote (question 12)

12. Quel périmètre, et quels critères de réussite ?

Un pilote sans critères de réussite écrits avant de commencer finit toujours de la même façon : il dure, personne ne sait s'il a réussi, et on décide à l'impression. Fixez par écrit :

  • le périmètre : un atelier, quelques machines, une durée fixe (quelques semaines, pas quelques mois) ;
  • les critères, par exemple « les opérateurs déclarent sans relance au bout de deux semaines », « on sait où en est chaque OF sans tour d'atelier », « on retrouve l'historique d'un lot en moins de cinq minutes » ;
  • ce qu'il vous coûte, en euros et en heures de vos équipes ;
  • la date de décision : un rendez-vous fixé à la fin, pour dire oui ou non.

Un bon pilote se juge sur l'usage réel, pas sur l'enthousiasme du premier jour. Le critère qui compte le plus, à mon sens, est le premier : si les gens de l'atelier s'en servent sans qu'on le leur demande, le reste suit.

Les pièges d'un comparatif de MES

Les comparatifs de MES qu'on trouve en ligne, comme les grilles d'évaluation qu'on construit soi-même, tombent souvent dans les mêmes travers :

  • Comparer des listes de fonctions. Plus il y a de cases cochées, plus il y a d'écrans, de paramètres et de formation. La fonction que vous n'utiliserez jamais n'est pas gratuite : elle encombre.
  • Choisir entre managers. Le directeur, le responsable méthodes et le responsable qualité choisissent ; les opérateurs subissent. Mettez au moins un chef d'équipe et un opérateur dans la boucle.
  • Juger sur une démonstration parfaite. Des données propres, un scénario répété, un présentateur entraîné. Demandez à faire vous-même, sur votre cas.
  • Tout vouloir dès le départ. Commencez par le suivi temps réel, la déclaration au poste et la traçabilité. Le reste viendra quand ces données seront fiables.
  • Oublier la sortie. On choisit un logiciel en pensant à l'entrée ; on le juge vraiment le jour où l'on veut en sortir.

La checklist à imprimer

Les douze questions en une page, à poser à chaque éditeur et à garder avec ses réponses écrites.

Nos propres réponses à ces 12 questions

Comme promis : voici mes réponses pour cleartrak, avec la même franchise que celle que vous devriez exiger des autres.

  • Usage (1 à 3). Le poste opérateur tactile est conçu pour être utilisé sans formation : un gros bouton dont le libellé suit l'état (Démarrer, Étape terminée, Reprendre), puis « Pièce bonne » ou « Pièce rebut ». Un nouvel arrivant est autonome le jour même. Et vous le testez avec vos opérateurs : c'est le principe du pilote.
  • Mise en place (4 à 6). Elle se compte en heures, pas en jours, sans formation à organiser. Vous créez vous-même vos machines, produits et gammes, avec quatre modèles de gamme pour démarrer. Les gammes sont versionnées : modifier une gamme crée une nouvelle version, et les OF déjà lancés gardent celle avec laquelle ils ont démarré.
  • Données (7 et 8). Elles sont à vous : export complet à tout moment, sans frais. Hébergement en France, ou installation sur vos serveurs.
  • Coût (9 et 10). Un abonnement par site, avec des modules au choix : vous ne payez que ce que vous utilisez. Il n'y a pas de connecteur ERP prêt à brancher ; les échanges se construisent au cas par cas sur le socle, par API ou par export. Le prix de la suite est écrit avant le pilote.
  • Éditeur (11). Vous parlez directement à la personne qui développe le logiciel, c'est-à-dire moi, sans commercial entre nous. Cinq ans dans les équipes MES de Schmidt Groupe et de Liebherr. Je suis soutenu par l'incubateur Fabeon, et un collègue peut reprendre le support si besoin. Je n'ai pas encore de cas client publié : je préfère vous le dire avant que vous le demandiez.
  • Pilote (12). Gratuit et cadré : un atelier, 3 à 5 machines, 4 à 6 semaines, des critères de réussite fixés ensemble avant de commencer. Votre investissement : quelques heures du temps de vos équipes, zéro budget. Il est gratuit parce que je construis mes références et que la mise en place ne me coûte presque rien ; en échange, si le pilote marche, je pourrai en parler comme d'un cas client. Un seul pilote gratuit à la fois.

Le détail de l'offre est sur la page du pilote gratuit. Si ces réponses vous conviennent, la première étape est courte : 20 minutes sur site, vous me montrez votre suivi actuel, je vous montre l'équivalent en temps réel. Et si elles ne vous conviennent pas, gardez quand même la checklist : elle marche avec tous les éditeurs. Le bon MES, c'est celui qui rend l'atelier tranquille, pas celui qui a la plus longue plaquette.

Un écran cleartrak, avec des données d'exemple.

Voir ce que ça donne dans votre atelier

20 minutes sur site : vous me montrez votre suivi actuel, je vous montre l'équivalent en temps réel. Ensuite, si ça vous parle, un pilote gratuit et cadré.

Questions fréquentes

Comment choisir un MES pour une PME ?

Partez de trois problèmes concrets à régler plutôt que d'une liste de fonctions. Vérifiez ensuite que les opérateurs peuvent l'utiliser sans formation, que la mise en place est courte, que vos données sont exportables à tout moment et que le prix de la suite est connu avant tout pilote. Enfin, testez-le avec vos opérateurs, sur une vraie machine.

Que mettre dans un cahier des charges MES ?

Pour une PME, deux pages suffisent : les trois problèmes à régler, le périmètre de départ (atelier, machines, produits), les utilisateurs, les contraintes (échange avec l'ERP, hébergement, exigences clients ou de certification) et les critères de réussite. Un cahier des charges trop long favorise l'éditeur qui coche le plus de cases, pas celui que l'atelier utilisera.

Combien coûte un MES pour une PME ?

Cela dépend du modèle de prix : par site, par utilisateur, par machine ou par module, en licence ou en abonnement. Pour comparer, demandez le coût total sur trois ans pour votre périmètre, installation, formation, développements spécifiques, échange avec l'ERP et support compris. Et faites écrire le prix de la suite avant de lancer un pilote.

Faut-il faire un pilote avant d'acheter un MES ?

Oui, c'est le meilleur moyen de juger l'usage réel. Un bon pilote a un périmètre limité (un atelier, quelques machines, quelques semaines), des critères de réussite écrits à l'avance et une date de décision. Le critère le plus parlant est que les opérateurs déclarent sans relance au bout de deux semaines.

Un comparatif de MES suffit-il pour choisir ?

Non. Les comparatifs portent surtout sur des listes de fonctions, que presque tous les éditeurs cochent. Ils disent peu de choses sur ce qui compte en PME : la facilité d'usage au poste, la durée de mise en place, la réversibilité des données et le coût total. Rien ne remplace un test avec vos propres opérateurs.

À lire ensuite

20 minutes sur site, et vous voyez la différence.

Vous me montrez votre suivi actuel, je vous montre l'équivalent en temps réel. Si ça vous parle, on cadre un pilote gratuit : un atelier, quelques machines, quelques semaines.