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Traçabilité

Traçabilité par lot ou pièce à pièce : comment choisir

Le lot suffit dans beaucoup d'ateliers ; la pièce à pièce s'impose quand le client, la valeur de la pièce ou le risque l'exigent. Les critères, les coûts réels, les cas mixtes et un tableau pour trancher.

Par Pierre Hebinger9 min de lecture
Un numéro gravé dans une pièce métallique : 39-2-14.
Photo : Jeyakumaran Mayooresan sur Unsplash

Traçabilité par lot ou pièce à pièce : la réponse courte, c'est que le lot suffit dans beaucoup d'ateliers, et que la traçabilité unitaire devient nécessaire quand le client l'exige, quand la pièce coûte cher, ou quand un défaut peut blesser quelqu'un. Et en pratique, presque tout le monde finit par mélanger : la matière par lot, la pièce finie par numéro de série.

Le choix a un coût concret (marquer, lire, enregistrer) et un bénéfice concret : la taille du tri le jour d'un problème. Voici les définitions, les cinq critères qui décident, ce que coûte chaque option, les cas mixtes, et un tableau de décision.

Lot, numéro de série, traçabilité unitaire : de quoi parle-t-on

Un lot, c'est un ensemble de pièces fabriquées dans des conditions considérées comme identiques : même OF, même matière, même gamme, même période. Elles partagent la même histoire, donc un seul numéro suffit à les identifier. C'est lui qu'on retrouve sur l'étiquette du bac ou de la palette, et sur le bon de livraison.

Un numéro de série, c'est un identifiant propre à une seule pièce. Deux pièces du même lot ont deux numéros différents. Il est en général marqué sur la pièce elle-même (gravure laser, micropercussion, étiquette), parce qu'une pièce sortie de son carton doit rester identifiable.

La traçabilité unitaire enregistre l'histoire de chaque pièce sous son numéro de série : machine, heure, résultat de contrôle. La traçabilité par lot enregistre la même histoire pour le lot entier. La différence se voit le jour d'un problème. Par lot, vous savez que la pièce suspecte fait partie d'un ensemble de 2 000. À la pièce, vous savez lesquelles, parmi ces 2 000, sont passées sur la machine en cause.

Une précision qui évite des malentendus : « numéro de lot ou numéro de série » n'est pas un choix exclusif. Une pièce sérialisée appartient presque toujours aussi à un lot. Le numéro de série ajoute de la précision, il ne remplace pas le lot.

Les cinq critères qui décident

1. Ce que le client exige

C'est le premier critère, et souvent le seul qui compte. Si le cahier des charges ou le plan impose un marquage unitaire, la question est réglée. Relisez vos contrats et vos plans avant de réfléchir au reste : l'exigence est parfois écrite dans une annexe que personne n'a relue depuis la signature. Elle est plus fréquente dans l'automobile, l'aéronautique et le médical, surtout pour les pièces liées à la sécurité.

2. La valeur de la pièce

Le raisonnement est simple : le jour d'un défaut, que coûte le tri ou le rappel du lot entier, comparé à celui des seules pièces concernées ? Prenons une vis à quelques centimes : rappeler un lot de 10 000 coûte moins cher que de marquer chaque vis. Prenons maintenant un carter usiné à plusieurs centaines d'euros : jeter ou retrier 200 pièces « par prudence » coûte bien plus que le marquage.

3. Le risque en cas de défaut

Une pièce dont la défaillance peut blesser quelqu'un ne se trace pas comme un capot décoratif. Plus la conséquence d'un défaut est grave, plus vous voulez isoler précisément les pièces concernées, et prouver pour chacune qu'elle a été contrôlée.

4. Le volume

À 50 pièces par mois, sérialiser ne coûte presque rien de plus. À 50 000 pièces par jour, chaque seconde de marquage ou de lecture se multiplie. Le volume ne décide pas seul, mais il pèse lourd dans la facture.

5. Le type de procédé

Certains procédés traitent les pièces par charges : un four de traitement thermique, un bain de traitement de surface, un tonneau de tribofinition. Pendant ces étapes, les pièces n'ont pas d'histoire individuelle : elles ont toutes vu le même cycle. Ces procédés se tracent naturellement par lot ou par charge. Les procédés discrets, où chaque pièce passe seule sur la machine (usinage, assemblage), se prêtent bien mieux au suivi unitaire.

Ce que coûte chaque option : marquer, lire, enregistrer

On sous-estime souvent le coût de la traçabilité unitaire, parce qu'on ne pense qu'au marquage. Il y a trois postes.

  • Marquer. Par lot, une étiquette par contenant suffit. À la pièce, il faut un marquage qui survive à la suite de la gamme : une étiquette ne résiste pas à un traitement thermique, une gravure fine peut disparaître sous un revêtement. Il faut donc choisir où et quand marquer, et parfois investir dans une machine de marquage.
  • Lire. Chaque étape qui enregistre doit identifier la pièce : lecture à l'œil et saisie du numéro, ou lecture d'un code (DataMatrix, QR) avec un lecteur. Ce sont des secondes par pièce et par étape, et une source d'erreur quand la saisie est manuelle.
  • Enregistrer. Par lot, une ligne par étape. À la pièce, une ligne par étape et par pièce : le volume de données est multiplié par la taille du lot. Sur papier, c'est intenable au-delà de quelques dizaines de pièces. Dans un logiciel, le stockage n'est plus un problème, la saisie l'est encore si elle n'est pas automatique.
PostePar lotPièce à pièce
MarquageUne étiquette par bac ou paletteUn marquage durable sur chaque pièce
Identification au posteLe lot, une fois par étapeChaque pièce, à chaque étape qui enregistre
DonnéesUne ligne par étapeUne ligne par étape et par pièce
Résultat de contrôleAu niveau du lotPour chaque pièce
Taille du tri en cas de problèmeLe lot entier, parfois plusieursLes pièces concernées seulement

Il existe un moyen terme très efficace : raccourcir les lots. Un lot par équipe ou par demi-journée, au lieu d'un lot par commande, divise la taille du tri sans marquer une seule pièce. Et ouvrez un nouveau sous-lot à chaque fois qu'une condition change : nouvelle barre de matière, changement d'outil, nouveau réglage, autre machine. C'est souvent la première chose à faire avant de passer à l'unitaire.

Les cas mixtes, qui sont la règle

Matière par lot, pièce finie par numéro de série

C'est le cas le plus courant chez les sous-traitants qui ont une exigence unitaire. La barre ou la tôle arrive avec un numéro de coulée et un certificat matière : elle se trace par lot. La pièce reçoit son numéro de série à une étape de la gamme, souvent le plus tôt possible, et ce numéro est rattaché au lot matière dont elle vient. L'ascendante remonte de la pièce à la coulée ; la descendante, de la coulée à toutes les pièces.

Le lot éclaté sur plusieurs machines

Prenons un OF de 600 pièces et trois tours identiques : on répartit 200 pièces sur chacun. Sur le papier, il reste un lot. Dans la réalité, il y a trois histoires : trois réglages, trois outils, peut-être trois opérateurs. Si l'un des tours dérivait, seules ses 200 pièces sont suspectes, à condition de savoir lesquelles.

La règle : dès qu'un lot se sépare, chaque partie garde sa propre trace (quantité, machine, opérateur, heures) et reste rattachée au lot d'origine. C'est ce qu'on appelle la généalogie : un arbre, pas une liste. Et physiquement, les bacs des trois machines ne se mélangent pas, ou sont étiquetés comme sous-lots. Sinon, l'information existe dans le système mais plus dans l'atelier.

Vendredi après-midi, pour tenir un délai, un OF de 3 000 pièces est réparti sur deux décolleteuses. Les deux bacs finissent dans les mêmes cartons. Trois semaines plus tard, une cote sort de tolérance chez le client, sur une partie des pièces seulement. Personne ne peut dire lesquelles viennent de quelle machine : on trie les 3 000.
Scène classique, atelier de décolletage

Plusieurs lots dans une même charge

L'inverse arrive aussi : une charge de four ou un bain regroupe des pièces de plusieurs lots. La charge devient alors elle-même une unité de traçabilité : on enregistre quels lots y sont passés, et chaque lot hérite des paramètres de la charge. Si le cycle de four est mis en cause, la descendante part de la charge et retrouve tous les lots concernés.

L'assemblage

Quand plusieurs composants forment un ensemble, l'ensemble a son numéro, et chaque composant critique y est rattaché par son lot ou son numéro de série. C'est l'arbre généalogique complet, et c'est là que le papier atteint vite ses limites.

Le tableau de décision

SituationRecommandation
Le client ou le plan impose un marquage unitairePièce à pièce, sans discussion
Pièce liée à la sécurité, défaillance grave possiblePièce à pièce, ou lots très courts avec contrôle documenté, selon ce qu'exige le client
Pièce chère : trier un lot coûte plus que marquerPièce à pièce
Petite pièce, gros volume, faible risquePar lot, avec des lots courts
Procédé par charge (four, bain, tribofinition)Par lot ou par charge pour cette étape, sérialisation après si nécessaire
Matière première, composants achetésPar lot fournisseur : numéro de coulée, lot de fabrication
Petites séries, prototypesPièce à pièce : le coût est faible, l'information précieuse
Lot réparti sur plusieurs machinesSous-lots rattachés au lot d'origine, quel que soit le mode

Les pièges qu'on retrouve souvent

  • Le lot trop gros. Un seul lot pour trois semaines de production : le jour d'un problème, tout est suspect.
  • Le numéro de lot réutilisé. Une numérotation qui repart à 1 chaque année sans préfixe : deux lots différents portent le même nom.
  • Le mélange en bout de ligne. Le système sait que les pièces viennent de deux machines, mais les bacs ont été vidés dans le même carton.
  • Le marquage qui ne survit pas. Une étiquette posée avant un traitement, une gravure trop fine recouverte par la peinture.
  • Le numéro de série tapé à la main. Une faute de frappe, et la pièce n'a plus d'histoire. En volume, prévoyez la lecture automatique.

Pour le cadre général (quoi enregistrer à chaque étape, papier contre logiciel, et comment tester votre traçabilité actuelle), voir le guide de la traçabilité en production.

Ce que nous en avons fait dans cleartrak

Je développe cleartrak, un logiciel de suivi de production pour PME industrielles ; tenez-en compte en lisant ce qui suit.

Le mode de suivi se choisit par produit : « pièce par pièce » ou « par quantité ». En pièce par pièce, chaque pièce déclarée au poste reçoit un numéro de série (son rang dans l'ordre des déclarations, précédé du préfixe de série du lot si vous en avez défini un), et son parcours dans la gamme est reconstitué étape par étape. Par quantité, la généalogie et le journal du lot sont tenus au niveau du lot. Dans les deux cas, chaque étape garde qui, quand et sur quelle machine.

Pour le lot éclaté : au poste opérateur, celui qui prend en charge une étape peut n'en prendre qu'une partie de la quantité, sur la machine qu'il choisit parmi celles capables de faire l'étape. Chaque partie garde sa machine et son opérateur, et reste rattachée au lot d'origine dans la généalogie.

Ce qui n'existe pas aujourd'hui : la lecture de codes (QR, DataMatrix) au poste, et le rattachement automatique du lot matière au lot fabriqué. Le marquage physique des pièces reste de votre côté. Si votre traçabilité repose sur ces points, on en parle avant de commencer, pas après.

Pour voir si ça colle à votre façon de lancer les lots : 20 minutes sur site, vous me montrez votre suivi actuel, je vous montre l'équivalent en temps réel.

Un écran cleartrak, avec des données d'exemple.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un numéro de lot et un numéro de série ?

Un numéro de lot identifie un ensemble de pièces fabriquées dans les mêmes conditions, qui partagent la même histoire. Un numéro de série identifie une seule pièce. Une pièce sérialisée appartient en général aussi à un lot : le numéro de série ajoute de la précision, il ne remplace pas le lot.

Qu'est-ce que la traçabilité unitaire ?

La traçabilité unitaire consiste à enregistrer l'histoire de chaque pièce sous son propre numéro de série : machines, heures, opérateurs, résultats de contrôle. Elle suppose de marquer chaque pièce de façon durable et de l'identifier à chaque étape qui enregistre. En cas de problème, elle permet d'isoler exactement les pièces concernées au lieu du lot entier.

Quand faut-il passer à la traçabilité pièce à pièce ?

Quand le client ou le plan l'impose, quand la pièce est assez chère pour que trier un lot entier coûte plus que le marquage, ou quand un défaut peut avoir des conséquences graves. Pour des petites pièces en gros volume et à faible risque, une traçabilité par lot avec des lots courts suffit le plus souvent.

Comment garder la traçabilité quand un lot est réparti sur plusieurs machines ?

Chaque partie du lot doit garder sa propre trace (quantité, machine, opérateur, heures) tout en restant rattachée au lot d'origine : c'est le principe de la généalogie. Physiquement, les bacs des différentes machines ne doivent pas être mélangés, ou doivent être étiquetés comme des sous-lots.

Comment réduire la taille d'un rappel sans sérialiser les pièces ?

En raccourcissant les lots : un lot par équipe ou par demi-journée plutôt qu'un lot par commande, et un nouveau sous-lot à chaque changement de matière, d'outil, de machine ou de réglage. Le jour d'un problème, le périmètre suspect est plus petit, sans marquer une seule pièce.

À lire ensuite

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